Un maître mot : la bonne gestion !
Nous consacrons pour le mois de septembre, notre interview à la jeune et dynamique Véronique Cornet, Bourgmestre de Montigny-le-Tilleul et Député wallon.
Mandataire depuis 1997, Véronique Cornet a placé la santé, l’enseignement, la formation et l’emploi au cœur de son action. Une action qui se veut, avant tout, à l’écoute de la population. Pour la première vice-présidente du Parlement wallon, c’est en effet cette écoute qui permet de mesurer en direct les besoins de la population dans ces différents domaines mais aussi en matière de sécurité, d'environnement, de logement, d'aide sociale,…
Elle nous livre une interview de rentrée sur le thème de … la rentrée des classes et de l’actualité du Parlement wallon.
HAINAUT.MR : Véronique Cornet, à l’heure de la rentrée scolaire vous insistez sur le côté « fouilli », désorganisé pourrait-on dire, du contrat pour l’école de Marie Arena.
Véronique CORNET : Oui, c’est un constat qui saute aux yeux lorsqu’on suit de près ce dossier et les initiatives prises par l’actuel Gouvernement. Depuis septembre 2004, Marie Arena annonce qu’elle va renforcer l’encadrement dans le maternel et les premières années du primaire. C’est une bonne chose en soi. Mais il a fallu attendre le 19 juillet 2005 pour qu’un décret accorde quelques périodes supplémentaires (de 4 à 8 cette année) par implantation. Soit en pleines vacances scolaires.
Pensez aux pouvoirs organisateurs et aux directeurs d’écoles ! Organiser une rentrée scolaire n’est pas rien ! La circulaire annonçant ces changements leur a été envoyée le 16 août… Des dizaines de candidats enseignants sont restés dans l’expectative durant toutes les vacances. Depuis l’annonce, 10 mois ont véritablement été perdus ! Et pendant cette période, le Gouvernement n’a fait que revoir ses ambitions à la baisse : on ne parle plus de renforcement au niveau maternel et l’objectif est désormais, dans le premier degré du primaire, d’atteindre un rapport de 20 élèves par instituteur alors qu’il s’agissait initialement de parvenir au chiffre de 20 élèves par classe. Ce qui est bien différent.
Il était primordial que le monde de l’enseignement profite du refinancement de la Communauté française obtenu sous l’ancienne majorité, lorsque Hervé Hasquin était Ministre-Président, mais un minimum d’organisation et de considération pour le travail des enseignants et des directeurs s’imposait également !
HAINAUT.MR : Un autre exemple ?
Véronique CORNET : Je ne reviendrai pas sur les velléités de suppression du latin de la Ministre-Présidente, Marie Arena… Je vous citerai plutôt un exemple dont on a moins parlé. Le contrat pour l’école prévoit la mise en place de cinq expériences-pilotes visant à faciliter la transition entre le primaire et le secondaire. Ces expériences doivent débuter cette année scolaire, mais on n’en sait toujours pas plus. Quid des écoles sélectionnées ? Quid des professeurs et des élèves concernés ? Quid de ce qui leur sera concrètement demandé ? Va-t-on prévenir les profs au mois de juin ? Il s’agit de projets pédagogiques qui nécessitent une préparation. Ces questions restent sans réponse.
HAINAUT.MR :
Les enseignants se plaignent notamment du fait que les parents demandent de plus en plus de choses à l’école. A l’apprentissage des savoirs, s’ajoute désormais l’éducation des enfants.
Véronique CORNET : C’est malheureusement un constat fort répandu. Mais à ce niveau, le politique doit également balayer devant sa porte. Certains ont parfois tendance à tout vouloir confier à l’école. Celle-ci doit rester un lieu d’apprentissage. Un apprentissage axé en priorité sur les savoirs de base comme le français et les mathématiques. Il faut cesser de confier à l’école des missions qu’elle ne peut assumer qu’au détriment de ses missions de base !
C’est d’ailleurs dans ce sens que j’ai déposé une proposition de décret visant à réhabiliter les travaux à domicile dans l’enseignement fondamental. Je pense en effet que les devoirs participent au développement du goût de l’effort et de l’excellence. Ils constituent, de plus, un « pont » entre l’élève, l’école et les parents. Le décret de 2001 visant à réguler les travaux à domicile a été un mauvais signal. Il laisse croire aux enfants que nous vivons dans une société où on obtient ce qu’on désire sans le moindre effort. Il est donc nécessaire de réhabiliter les travaux à domicile. Qu’on permette enfin aux enseignants de se réapproprier leur métier ! Qu’on reconnaisse enfin leurs talents et leurs compétences !
Il faut oser poser des gestes forts et décidés tels que celui-là. Revenons au Contrat pour l’école. En ce qui concerne l’instauration d’une épreuve commune au terme du tronc commun, le contrat stratégique dit ceci : « La Commission de pilotage sera interrogée sur cette opportunité. L’avis de la Commission de pilotage sera remis au Gouvernement pour le 30 juin 2008 ». Ce n’est pas avec ce type de décision qu’on fera évoluer positivement la qualité de l’enseignement en Communauté française !
HAINAUT.MR : Un des maîtres mots de votre action politique est « la bonne gestion ». Qu’entendez-vous précisément par là ?
Véronique CORNET : Tout simplement, dans mon action politique, je me bats au jour le jour pour que l’utilisation des deniers publics soit la plus efficace, la plus cohérente et la plus responsable possible.
Pour moi, la politique c’est être en phase avec les attentes des citoyens et gérer en bon père de famille. Si l’argent du contribuable n’est pas utilisé de façon optimale, il faut pouvoir le dire et ensuite remédier au problème.
J’ai par exemple déposé une proposition de décret-cadre sur le fonctionnement des cabinets ministériels ainsi qu’une proposition de décret visant à assurer un meilleur contrôle de l’octroi par les pouvoirs locaux de subventions aux ASBL. Le MR ose briser ces tabous ! Il faut oser dire que les dépenses publiques sont beaucoup trop élevées en Wallonie et que l’administration reste encore trop souvent politisée. Il faut absolument repenser l’administration publique en termes de services rendus aux citoyens.
HAINAUT.MR : Des services qui peuvent notamment être rendus par les communes.
Véronique CORNET : Oui, il est nécessaire de rendre à la commune ses lettres de noblesse. La commune est le pouvoir politique le plus proche du citoyen. Une proximité qui permet à chacun de lui donner un sens. La vie dans la commune permet la rencontre, le dialogue, l'échange, le débat entre la population et ses représentants, les mandataires politiques.
C’est principalement à ce niveau que l’on peur créer, maintenir, voire restaurer le lien social. Alors que chacun s’interroge sur les moyens pour lutter contre la montée de l’extrême droite, c’est un élément à ne surtout pas négliger.
HAINAUT.MR : Un niveau de pouvoir extrêmement important donc ; parfois menacé cependant.
Véronique CORNET : Oui, c’est pourquoi, j’interviens très fréquemment au Parlement wallon lorsque les intérêts des communes sont menacés. Prenez le dossier des sanctions administratives. Depuis le 1er avril, certaines « incivilités » ont été sorties du Code pénal et doivent donc désormais faire l’objet de sanctions administratives de la part des communes.
En ce qui concerne la sanction, chaque commune doit désigner un fonctionnaire compétent qui doit disposer d’un diplôme universitaire. C’est évidemment problématique pour bon nombre de petites communes qui n’ont pas les moyens d’engager une personne supplémentaire. Si le Ministre Courard a proposé que les provinces viennent en aide aux communes, ce coup de main tarde à se mettre en place et les budgets affectés risquent d’être insuffisants. Il faut donc en permanence rester attentif, interpeller les responsables et souligner les incohérences. C’est ce que je continue à faire, notamment dans ce dossier, pour que les communes ne finissent pas la corde autour du cou.
HAINAUT.MR : Pour revenir sur un dossier plus spécifiquement lié à la région de Charleroi, vous suivez également tout particulièrement le dossier de la E420.
Véronique CORNET : Oui, c’est un dossier très délicat. Il est évidemment important d’entreprendre toutes les actions nécessaires au développement de la région de Charleroi. Mais attention, pas à n’importe quel prix. Il est primordial que le Gouvernement wallon s’assure qu’il dispose de tous les éléments nécessaires avant de choisir le futur tracé de cette autoroute.
Or, je sais par exemple que des compléments demandés par Michel Foret n’ont pas été intégrés dans l’étude d’incidence. Des compléments qui auraient pu améliorer le classement du tracé central. De plus, autre exemple, des avis ont été demandés à des commissions spécialisées ; sur trois avis demandés, aucun n’a pu véritablement entrer en ligne de compte et nourrir le débat pour des raisons administratives, de timing,…
Bref, beaucoup de questions restent en suspens. La « fin » ne peut en aucun cas justifier des approximations de procédure dans un dossier de cette importance. Celle-ci doit être irréprochable. Tous les critères doivent être pris en compte pour que les désagréments pour les riverains et les conséquences sur l’environnement soient les plus faibles possibles.
HAINAUT.MR : Enfin, terminons par un dossier d’actualité, le Gouvernement wallon a récemment annoncé son Plan Marshall pour la Wallonie. Brièvement, quel point souligneriez-vous ?
Véronique CORNET : Je ne dirai que ceci : investissement dans l’économie, dans la recherche, dans la formation, allégement de la fiscalité, création de pôles d’activités… ça ne vous dit rien ? Cela fait des années que nous nous battons, au MR, pour que ces politiques soient prioritaires ! Le partenaire socialiste a pourtant bloqué nombre de propositions libérales allant dans ce sens. Les recettes socialistes auraient-elles démontré leur inefficacité ? Je me contente de poser la question…
Mais attention, il faudra que ces discours se traduisent en décisions concrètes, en emplois, en création d’activités sur le terrain. Et là aussi nous serons extrêmement attentifs ! Je crains également que l’actuel Gouvernement wallon ne soit pas en mesure d’apporter de réelles améliorations en termes de gouvernance publique. A-t-il réellement la volonté de combattre la multiplication des structures et des compétences, les baronnies, le clientélisme, les décisions politiques partisanes ?
Au-delà de cette remarque, la mise en place de zones franches est pour moi primordiale. Et nous n’avons pas attendu le Plan Marshall pour le dire et agir. Cela fait des années que les libéraux plaident pour la mise en place de zones prioritaires de développement économique, de « clusters », de zones franches… Il est nécessaire que de telles zones se développent dans la région de Charleroi, comme dans le reste de la Wallonie, afin de doper et de reconvertir véritablement notre économie.
Nous serons donc très attentifs aux actes concrets du Ministre-Président, Jean-Claude Van Cauwenberghe, dans ce cadre. Charleroi doit être une région prioritaire dans le cadre d’un plan de relance. Il n’y aura pas de redéploiement wallon sans redéploiement carolo. C’est évident.
Jean-Jacques FLAHAUX (Août 2008)
Consultez nos interviews précédentes :
Olivier CHASTEL (octobre 2006)
Gérald MOORTGAT (février 2006)
Maxime DAYE (décembre 2005)
Véronique CORNET (septembre 2005)
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